Les procès des guides du château d’Aux
1794 et 1795
Le 6 mai 1794 trois guides du camp républicain de la Hibaudière, près de Bouguenais, sont arrêtés au château d’Aux où la garnison est cantonnée, et conduits à Nantes pour être emprisonnés au Bouffay.
A cette période de la révolution, le Comité de salut public semble avoir triomphé de ses ennemis. Les royalistes, les modérés, les girondins, les fédéralistes, les hébertistes, les dantonistes, tous ses opposants déclarés ont été éliminés. Les armées françaises ont repris l’ascendant en Italie, en Catalogne, et se maintiennent dans le Nord. Dans l’Ouest, Carrier, son travail accompli, est retourné siéger à la Convention et les colonnes infernales sont à l’arrêt.
Mais le Comité nantais lui-même est affaibli. Ses deux meneurs, Goullin et Chaux, rentrent d’un long séjour à Paris le 2 mai et pendant leur absence, un adversaire inattendu a surgi.
Est-il temps, enfin, d’insister sur la vertu « sans laquelle la terreur est funeste » ainsi que l’affirme Robespierre ?
Peut-être… le district de Nantes a donc fait parvenir le 5 puis le 7 mai au tribunal militaire siégeant dans l’ancien couvent des Pénitentes, des dénonciations citant nommément Beilvert, Albran et Guilbaudeau. Elles ont été produites et certifiées par des officiers municipaux de Bouguenais, républicains modérés, revenus chez eux après un prudent refuge à Nantes lors de l’insurrection vendéenne.
La rapidité des arrestations opérées le 6 mai, lendemain du premier courrier envoyé au tribunal militaire, indiquerait que la décision a été prise un peu en amont, certes à l’initiative des élus de Bouguenais mais peut être également avec l’aval de Prieur de la Marne, membre du Comité de salut public, réputé d’une stricte probité, qui a remplacé Carrier à Nantes, ou de Phelippes Tronjolly lui-même, peut-être de républicains locaux influents.
Quoiqu’il en soit, d’autres dénonciations, d’autres pièces, à charge et à décharge, viendront bientôt alourdir le dossier d’accusation des 3 auxiliaires de l’armée.
Le premier procès se déroulera de mai à juillet 1794, et le second, suite à de nouvelles plaintes, de février à octobre 1795.
S’agissant de militaires, les procédures judiciaires, même rapides, sont rigoureuses, sinon tatillonnes. Les accusés bénéficient des garanties de la Loi, contrairement aux « brigands », aux ennemis de la République, décrétés « hors de la loi » donc laissés aux juridictions d’exception, jugés et exécutés le plus souvent dans les 24 heures, avec confiscation des biens.
Ces deux procès contribuent à illustrer -ou à essayer d’imaginer- ce que fut la guerre de Vendée pour les populations proches du château d’Aux, essentiellement par les nombreux témoignages recueillis, mais aussi les réponses des accusés et enfin les jugement rendus.
Pour comprendre l’impact de ce conflit dans les communes qui nous intéressent, nous avons quelques chiffres :
Les chiffres des pertes exactes dues directement ou indirectement à la guerre de Vendée sont en effet difficiles à établir. (voir article sur les fusillés du château d’Aux)
Toutes les évaluations restent donc fragiles, et la plupart du temps a minima.
Pour un bilan global, nous nous en remettrons donc à l’historien et démographe Jacques Hussenet. Après un travail collectif en 2007 il évalue le nombre de mort de la guerre de Vendée à 170 000 soit 22 à 23 % de la population et celui des militaires républicains à 30 000, soit environ 200 000 morts au total. (J. Hussenet « Détruisez la Vendée »)
Les trois accusés
Qui sont les 3 accusés ?
François Albran est le plus âgé et le seul de Bouguenais. Né en 1755, il est laboureur, célibataire, et demeure au village de la Motte, à mi-chemin entre le bourg de Bouguenais et Saint Jean de Boiseau, en bordure de Loire. Il rejoint l’insurrection vendéenne en mars 1793, forcé selon ses dires par les « brigands », excuse a posteriori habituelle, qui l’auraient mis toutefois en prison quelques temps après à Port Saint Père.
Il connaîtra une fin tragique assassiné par des inconnus -probablement des rebelles- en décembre 1794, à sa sortie de prison.
François Guilbaudeau est le plus jeune, 28 ans, et parfois le plus entreprenant. Il est né le 4 février 1766 à Port Saint Père.
Joseph Beilvert « la terreur des brigands » est le plus connu et plusieurs articles ou ouvrages lui ont été consacré.
Le camp de La Hibaudière
Le camp de la Hibaudière, à Saint Jean de Boiseau (aujourd’hui La Montagne), près de Bouguenais, sur la rive gauche de la Loire, a été créé quelques mois plus tôt, lors du soulèvement populaire en Vendée.
Malgré le calme revenu dès le lendemain, la municipalité décide de tenir dorénavant ses séances à Nantes où la plupart des notables se réfugient, y compris le receveur de Bouguenais. Il a eu à peine le temps de cacher ses registres, ses papiers timbrés et l’argent des contributions, 5 400 livres en assignats, qu’une personne de confiance lui remettra un peu plus tard.
Le 25 mars suivant, à l’annonce des décrets contre les émigrés et les prêtres réfractaires, une troupe un peu plus nombreuse, réunie dans les taillis de Bougon, décide de marcher contre le château de la famille d’Aux sur le domaine de la Hibaudière où vient d’être installé un petit poste occupé par la garde nationale de Nantes.
Le 14 avril 1793 le comité départemental décide d’y envoyer 500 hommes, pour la plupart des volontaires parisiens, sous le commandement du général La Bourdonnaye (Anne François Augustin vicomte de La Bourdonnaye, né à Guérande le 18 juillet 1745 et mort à Dax le 6 octobre 1793 dans l’armée des Pyrénées. Sa veuve et sa belle-mère réfugiées à Nantes se feront enlever par le Comité révolutionnaire pour plus de 80 000 livres en septembre de la même année - AD 85 - F7 4563).
Le général Beysser qui a repris en main toute la région, opère une sortie, de Nantes au château d’Aux, le 19 juin sans rencontrer de résistance et le 29, l’élan de l’armée catholique et royale menée par Cathelineau, le « saint d’Anjou » se brise sur la ville en état de siège.
Toutefois la Convention nationale s’impatiente et exige une victoire avant la fin octobre. Les commandants des différents postes reçoivent l’ordre de harceler les insurgés et de réquisitionner tout ce qui peut être utile aux villes et aux armées. C’est le pillage organisé de la région où les guides, organisés en compagnies, et les volontaires locaux trouvent toute leur utilité.
Le 8 eme bataillon des volontaires du Bas-Rhin, de l’armée de Mayence, commandé par Arnould Muscar, un militaire de carrière intransigeant, fervent républicain, vient renforcer la garnison dont il prend le commandement provisoire courant octobre 1793. Il est secondé, entre autres, par un jeune capitaine de 20 ans, Joseph Léopold Sigisbert Hugo, lui aussi républicain convaincu qui signe « Brutus Hugo » le futur père du grand Victor.
Après l’anéantissement de l’armée catholique et royale, encombrée de malades, de civils, à Savenay fin décembre, et la reprise de Noirmoutier le 3 janvier, les colonnes infernales entament le 19 janvier leur terrible périple, pillant, violant, incendiant, tuant souvent sans distinguer patriotes, brigands et suspects, hommes, femmes et enfants. La neuvième, celle du général Cordellier après avoir mis les Mauges à feu et à sang sème la mort au cœur de la Vendée. Elle atteindra entre autres communes proches du château d’Aux, Vieillevigne, la Chapelle Basse Mer, Saint Julien de Concelles, Drain, Champtoceaux.
Si les abords du camp de la Hibaudière ont été épargnés par les colonnes infernales, la garnison, outre ses missions de ravitaillement, lance parfois des raids dans les territoires insurgés. Ainsi c’est une opération lancée du château d’Aux fin février dans la forêt de Princé qui aboutira à la capture de La Cathelinière.
Une nouvelle expédition est prévue pour le 31. Là encore, c’est Beilvert qui guide la rafle. Deux colonnes parcourent la commune, des Couëts au bourg en passant par le Brandais et Bougon. Les soldats entrent dans les villages et saisissent les habitants « suspects » soit plus de 300, dont 70 femmes, qui leur tombent sous la main. Attachés deux à deux avec de grosses cordes, poussés, bousculés, frappés, ils prennent la route du château d’Aux.
Plusieurs notables, à peine rentrés dans leur foyer, appelés à témoigner sur leurs concitoyens, sont suspectés de complaisance. Arrêtés aussitôt ils sont conduits à Nantes et enfermés au Sanitat.
Les 2 et 3 avril 1794, 215 hommes, sur les 226 prévenus, sont condamnés à mort et fusillés avec confiscation des biens. Il est à remarquer que l’une des accusations qui revient fréquemment est de ne pas s’être « réfugié », alors que la Ville de Nantes est déjà surpeuplée.
La république sait être clémente. Mais revenus dans leur commune, parmi leurs proches dont beaucoup ont été tués, pillés, maltraités, fusillés, et probablement encore marqués eux-mêmes par leur détention, ils ont probablement des comptes à régler, comme beaucoup d’autres, à Nantes même, après le départ de Carrier.
Le premier procès mai-juillet 1794
1 ) les accusations
Ce sont donc 2 dénonciations adressées par des officiers municipaux de Bouguenais au district de Nantes ((qui comprenait les cantons de Nantes, Bouaye, Bouguenais, Nort, Chantenay, La chapelle/Erdre, Saint Sébastien, Thouaré ) puis du district au tribunal militaire qui ont provoqué le premier procès.
Les pièces du procès, y compris les lettres d’envoi, sont soigneusement numérotées de 1 à 42 dans le dossier mais parfois sans ordre chronologique.
- Le 6 mai Anne Gadais, une jeune fille de 28 ans, du même village qu’Albran, raconte aux officiers municipaux son agression et ils en font suivre le récit dès le lendemain au district.
- non daté le témoignage d’Anne Perrin, indique que vers la mi-mars, Beilvert et quatre volontaires du château d’Aux, lui ont volé du linge, son filet d’or, son portefeuille, puis qu’ils l’ont attachée en exigeant de leur donner tout ce qu’elle avait. Ils ont maltraité également une voisine, Julienne Mocquard
2) la défense des accusés
- datée du 7 mai, une pétition signée de soldats et d’officiers du camp de la Hibaudière dont Brutus Hugo, décrit Beilvert ayant toujours « eu des opinions républicaines [...] qu’enfin par son énergie, son civisme et son héroïsme, il a amené la paix à quatre lieues de nos alentours ».
- sans date et tronquée, mais numérotée à suivre la précédente donc probablement rapprochée, une seconde pétition du commandant et des officiers du camp de la Hibaudière, vient au secours de Beilvert « un républicain des plus ardents […] un guerrier intrépide jusqu’à la témérité qui a rendu des services signalés à la garnison […] qui par son acharnement contre ces scélérats (les brigands NDLR) s’en est tellement rendu le fléau et la terreur que la Vendée ne serait plus s’il y avait eu trente Bellevert... »
- non daté également, les officiers et soldats du bivouac des Couëts attestent « que le citoyen Beilver guide du camp de la Hibaudière emprisonné à Nantes a guidé nos détachements dans les expéditions contre les brigands avec une valeur et une intrépidité sans exemple, […] et que nous ne l’avons jamais vu se conduire autrement qu’en honnête homme et ennemi juré du Royalisme et de tous les traîtres à la Patrie »
Attaqués sur leur probité, Beilvert et Guilbaudeau, réunissent également, ou font réunir par leurs sympathisants, des « preuves » de leur honnêteté. On a ainsi :
Nous ignorons quand toutes ces « preuves » au total assez minces, ont été remises au tribunal mais elles figurent, numérotées entre 13 et 26, au dossier de l’instruction et ont été probablement versées avant les interrogatoires qui vont suivre.
Le 9 mai suivant la municipalité de Bouguenais siégeant aux Couëts, où une petite garnison se tient dans l’ancien couvent des Carmélites, le lieu est donc plus sûr, se propose d’envoyer des témoins le 13 mai prochain au tribunal militaire, certains n’ayant pas de certificat de civisme précise-t-elle (en fait aucun n’en aura).
3) les premiers interrogatoires
En attendant la venue des témoins, les premiers interrogatoires, assez succincts, des accusés ont lieu les 11 et 12 mai. On ignore qui les conduit. Un délégué du district ? Mais on veut sans doute s’assurer de la solidité du dossier avant de le transmettre à l’officier de police militaire. (Deux mois plus tard, en effet, le 9 juillet cet officier de police militaire et de sûreté, André Cordier, conduira l’audition des accusés et c’est le 21 juillet, que François Bignon, président du tribunal criminel extraordinaire, les questionnera à son tour.)
Le premier à être interrogé est Joseph Beilvert.
Guilbaudeau le suit le 12 mai.
Albran interrogé le même jour, après avoir précisé son identité, admet avoir conduit différents détachements à Bouguenais. Il a été plusieurs fois chez Gabriel Gadet (Gadais) où il a trouvé un fusil mais il ne connaît pas les faits de vol et viol reprochés. Il ignore également les noms et grades de ceux qui étaient avec lui.
On retient de ces brefs interrogatoires, que celui qui en a la charge vérifie l’identité des accusés, demande leur parcours mais s’intéresse essentiellement au cas d’Anne Gadais. Si les exécutions sommaires, les pillages, les brutalités, et plus tard les incendies ne paraissent pas soulever d’indignation, ce viol, lui, ne passe pas.
4 ) les confrontation des 13 et 14 mai 1794
Le lendemain 13 mai Beilvert, Guilbaudeau et Albran sont confrontés aux témoins annoncés par la municipalité de Bouguenais. Aucun n’a de certificat de civisme, ce qui est noté à chaque fois.
Anne Gadais répète sa déposition. Elle a été volée et violée, sa mère attachée à un arbre et elle a dû payer pour la faire délivrer..
Jeanne Richeux, veuve de Pierre Gatine, témoigne pour la première fois. Elle raconte qu’ayant reçu une convocation de se rendre à Nantes, fin avril, avec son mari, ils faisaient leurs paquets lorsqu’un détachement du château d’Aux survint avec Beilvert, Albran et Guilbaudeau. Son mari voulut se cacher. Il fut tué et on lui vola des affaires.
Anne Maillard fait à peu prés la même déposition pour une convocation à Nantes mais son mari, laissé pour mort par les soldats se traîna chez lui où il fut achevé l’après midi. Elle précise qu’auparavant Beilvert était venu à différents reprises pour la voler.
Anne Monnier dépose que depuis début avril Beilvert, Guilbaudeau, Albran, avec la troupe du château d’Aux sont venus plusieurs fois chez elle pour piller, jetant leur grain dehors, et que Beilvert et Guilbaudeau l’ont frappé si durement qu’elle est hors d’état de gagner sa vie (elle a 56 ans).
La veuve de Gabriel Gadet, et donc la mère d’Anne Gadais, dépose que vers la fin avril Beilvert avec un détachement de la garnison du château d’Aux et des volontaires entrèrent chez elle, fouillèrent partout, volant un filet d’or, une bague, son porte feuille.
Marie Bessac, dépose qu’elle ramassait de l’herbe le 22 avril, avec Jeanne sa sœur, François et Marie Sauvaget lorsqu’un détachement d’une centaine de volontaires leur dire d’aller à la Couillauderie voir Beilvert.
Louise Monnier, raconte à peu près la même chose. Le 2 mai, avec Marie Davié et Anne Orieux, conduisant leurs bestiaux elle furent arrêtées par un détachement. On les fouilla, Beilvert menaçant de les faire fusiller si elles bougeaient.
Jeanne Baudru atteste que le 2 mai Guilbaudeau, à la tête d’un détachement arriva chez sa parente où elle se trouvait. Ils la montèrent dans un grenier et la violèrent à 7 ou 8. Guilbaudeau, fut le premier. Il arma son fusil et menaça de tirer quand elle appela au secours
Jeanne Marais dépose que fin avril, le beau frère d’Albran, Le Prou, vint lui prendre un veau sans la payer, sur ordre de Beilvert. Trois jours après Albran, Guilbaudeau et un autre vinrent chez elle, s’installèrent pour boire et manger, lui tinrent des propos indécents, voulant la faire passer dans la chambre, la menaçant avec des armes, Guilbaudeau glissant la main sous sa jupe. Le Prou (le beau frère d’Albran) intervint, dit qu’elle avait 2 vaches, ils la laissèrent alors tranquille mais lui dirent qu’elle ne devait pas en parler. Elle ajoute qu’à la mi avril ils emmenèrent son frère, qui n’est jamais réapparu (son frère Louis a été fusillé au château d’Aux le 2 avril)
La confrontation continue le lendemain 14 mai.
Maurice Touzé le mari d’Anne Monnier qui a déposé la veille, fait à son tour un long récit de la venue à deux reprises en avril de Beilvert et d’Albran à leur domicile disant « qu’ils se mirent a fouiller partout, notamment dans les armoires et coffres ou ils prirent tout ce qu’ils trouvèrent, qu’ensuite Beillevert le fit lier et garrotter en disant qu'il fallait l’emmener a Chateaudeau » . La deuxième fois « ils ne quittèrent sa maison qu’après l’avoir entièrement pillée et laissée dépourvue de tout »
Julien Colas témoigne qu’étant chez lui début avril avec Marc Maillard, Albran passant par là dit à ce dernier que s’il était pris il serait un homme mort. La nuit suivante Maillard fut effectivement arrêté et fusillé au château d’Aux (Marc Maillard a été fusillé le 2 avril).
Joseph Corgnet témoigne d’une hache empruntée de nuit par Albran.
Cinq notables réfugiés en dehors de Bouguenais : Jean Lefebvre, Gratien Bouanchaud, Jean Chesnard, Mathurin Assailly et Julien Ordronneau (ces deux derniers ayant été jugés et acquittés le mois précédent, le 8 avril) témoignent ensuite de l’arbitraire de Beilvert et s’étonnent qu’il se soit associé avec Albran, qui a été dans l’armée de Charette.
A cette date, la procédure semble avoir été suspendue. François Bachelier, commissaire au château d’Aux (a priori un arpenteur de Brains réfugié ensuite à Nantes, commissaire aux subsistances ) demande par écrit le 13 mai aux « citoyens juges du Conseil militaire » de suspendre les jugements des 3 accusés plus Mathurin Prou le beau frère d’Albran, pourtant non visé par la procédure. Il a des dépositions à faire contre eux… dépositions que nous ne verrons pas, enfin pas tout de suite. (Pour mémoire Bachelier a témoigné a la commission Bignon contre l’un de ses compatriotes, Jacques Boudaud, un notaire de Saint Jean de Boiseau qui sera fusillé).
Plus d’un mois et demi va s’écouler avant de retrouver le fil de la procédure judiciaire. L’instructeur du tribunal militaire reprend probablement le dossier, réunit les pièces à charge et à décharge, ou en attend de nouvelles, en suivant l’évolution de la situation locale.
Pour la première fois, après son courrier du 2 avril au district, Phelippes Tronjolly met officiellement en cause, le 12 mai, les réquisitions ou exécutions faites depuis 7 mois et demande aux victimes de témoigner de ces actes, avec inscription au registre du Tribunal.
Jacques Garnier, dit Garnier de Saintes, arrive le 15 et repart le 25 pour être remplacé par Pierre Bourbotte, bientôt renforcé par Jean Baptiste Bô début juin, deux jacobins intransigeants. (Bourbotte avec son prédécesseur Prieur et Turreau, le cousin du général a fait fusiller les 1 200 prisonniers royalistes de Noirmoutier qui s’étaient rendus contre la promesse du général Haxo d’avoir la vie sauve.).
Le Comité révolutionnaire sous l’impulsion de Goullin et de Chaux lance alors une contre offensive qui s’avère être bien mal préparée.
Le 23 juin les deux représentants du peuple demandent par voie d’ affichage aux Nantais de déclarer les sommes remises, volontairement ou non, au Comité sous les 20 jours.
C’est dans cette atmosphère conflictuelle, de règlement de comptes, de remise en ordre « révolutionnaire » que la procédure à l’encontre des guides du château d’Aux se poursuit.
5) le jury d’accusation, 9 et 10 juillet 1794
un autre témoignage, tardif, puisqu’il est daté du 29 mai 1794, est transmis par la municipalité de Bouguenais avant l’instruction menée par la police militaire.
Jeanne Joret, de Bouaye accuse Beilvert et Guilbaudeau, et une douzaine de volontaires du château d’Aux, d’avoir début avril pillé chez ses parents tout l’argent « monnayé » et les assignats. Ensuite, d’être revenus voler une vache, une jument et son poulain. Un témoin Pierre Blineau précise sur la même déposition que Beilvert a tué Joret et un certain Archambeau à Bouaye.
Le deuxième interrogatoire est effectué par André Cordier officier de police militaire et de sûreté à Nantes. Avec deux jurés, un plâtrier désigné par la municipalité de Nantes et un vétéran du château d’Aux, il constitue le jury d’accusation chargé de décider du renvoi ou non des prévenus devant le tribunal criminel militaire.
Le juré d’accusation, estimant les charges suffisantes, décide qu’il sera traduit devant le tribunal militaire, prévenu « d'avoir attenté à la propriété et sûreté des citoyens ».
Pour Guilbaudeau l’interrogatoire comprend seulement une douzaine de questions mais Cordier insiste plus particulièrement sur les viols d’Anne Gadais et de Jeanne Baudru, et la tentative de viol de Jeanne Marais épouse Brétécher, objet de la plus longue des questions :
Le juré d’accusation décide, comme pour Beilvert, qu’il y a lieu à accusation « d'avoir attenté à la liberté et sûreté des citoyens » et il est renvoyé devant le tribunal militaire
Albran doit répondre à quatorze questions de Cordier, dont 4 sur son identité et ses fonctions.
Le jury d’accusation le renvoie également devant le tribunal militaire.
Nous sommes le 10 juillet 1794.
6) le procès du 22 juillet 1794 au tribunal criminel militaire
La procédure est enfin arrivée devant le tribunal militaire qui se prononcera dans la journée du 22 juillet 1794.
Annexées aux pièces du procès et datées du 22 juillet figurent également ce qui paraît être des notes griffonnées, parfois difficilement lisibles, concernant les témoignages de plusieurs témoins, de Bouaye et de Bouguenais, certains réfugiés à Nantes. Notes de Cordier, de Bignon ?
La comparution:
- Beilvert comparaît en premier.
- Guilbaudeau passe à son tour.
- Albran, aux premières questions concernant des vols chez Marguerite Touzé, Jeanne Goujon (noté par erreur Boyer), Anne Perrin, Anne Gadais, répond brièvement qu’il n’en a aucune connaissance et qu’il n’en faisait pas partie.
Les interrogatoires, assez brefs toutefois, menés par François Bignon, insistent surtout sur les pillages et les meurtres, moins sur les viols, seul celui d’Anne Gadais en effet est évoqué. Différence d’appréciation morale entre Cordier et Bignon ?
Le réquisitoire
Il ne demande donc pas de peine particulière, et s’en remet au tribunal, manière habituelle de se défausser.
Le verdict
Dix questions sont posées aux membres du tribunal criminel militaire le 22 juillet 1794 concernant les voies de fait, les vols, deux viols et un assassinat.
Mais « Il n'est pas constant que Beillevert, Guilbeaudeau et Hallebrant en furent les auteurs ».
En conséquence le tribunal décharge les 3 hommes de toute accusation et ordonne qu’ils soient mis en liberté... sauf Albran, retenu pour d’autres affaires probablement à cause de son passé de « brigand ».
On imagine la déception des uns et le joie des autres.
Le lendemain, 23 juillet 1794, Bô et Bourbotte ordonnent le renvoi des membres du Comité révolutionnaire de Nantes et de quelques comparses, au Tribunal révolutionnaire de Paris. Ils apprendront durant leur transfert dans la capitale la chute de Robespierre et de ses amis.
Une page de l’histoire se tourne.
A la lecture de ce premier procès on peut faire quelques remarques :
Il est vrai que les notables qui transmettent ces accusations ne reviennent chez eux que vers la fin avril 1794, et ne recueillent sans doute pas toutes les plaintes, surtout celles émanant de familles de « brigands ». Ils agissent avec prudence, en cette période de dictature révolutionnaire, écartelés entre leur devoir, leur convictions, et les liens familiaux, amicaux, créés au sein des villages.
Le second procès : janvier à octobre 1795
Beilvert et Guilbaudeau sont remis en liberté à partir du 22 juillet 1794, quelques jours avant la chute des robespierristes, le 27 du même mois.
Pour mémoire, Carrier, Pinard et Grandmaison ont été exécutés le 16 décembre 1794 à Paris, mais les membres du Comité révolutionnaire de Nantes et plusieurs autres accusés, une trentaine, ont été acquittés, considérant qu’ils n’ont pas eu, malgré leurs crimes « d’intention criminelle ou contre-révolutionnaire ».
Le décret d’amnistie du 2 décembre 1794 « pour les rebelles de la Vendée et des Chouans » a permis toutefois d’apaiser un peu les tensions et d’initier une politique de pacification, qui aboutira, malgré de brusques retours en arrière, sous le commandement de Lazare Hoche.
Mais début 1795, les comptes ne sont pas tout à fait réglés. Il reste une hostilité sourde de la population, des haines ruminées depuis longtemps, des désirs de vengeance, d’autant que Beilvert, contrairement à Guilbaudeau, poursuit ses activités de guide au camp de la Hibaudière.
Si la première dénonciation instruite dans ce second procès des guides du château d’Aux est datée du 5 juillet 1794, donc avant la conclusion même du premier, les nouvelles plaintes vont s’accumuler et certaines, bien sûr, marqueront davantage les esprits.
1) les accusations
- le 5 juillet 1794 : des menaces de Beilvert
- le 18 octobre 1794 : les meurtres du Pressoir,
- le 19 octobre 1794 : les meurtres de Bretagne et Ollive,
- Le 20 novembre 1794 : déposition de la municipalité de Bouguenais.
- François Bachelier, commissaire au château d’Aux, et Mathurin Bureau dénoncent le pillage le 26/27 avril (1794) commis chez la veuve Gautier et ils précisent que Guilbaudeau était « vêtu par-dessus son habillement d’une chemise de femme ». François Bachelier, que nous avons déjà rencontré dans le premier procès, dénonciateur auprès de la commission Bignon, témoigne cette fois contre son ancien camarade.
- Clair Chesneau indique que cette nuit-là Beilvert et Albran avec une cinquantaine d’hommes ont été dans les villages de la Matrasserie et de la Pagerie et « ont pillé des effets en harde, linges et assignats jusqu’à ôter les anneaux aux femmes»
- Anne Léauté des Bauches du Dézert (ou Désert) déclare qu’au mois de mars 1794 Guilbaudeau accompagné d’un autre homme voulut la violer et comme elle se défendait il la maltraita à coups de sabre, la mit tout en sang et que seul l’arrivée de témoins l’empêcha d’être tuée.
- Charles Ordronneau charge encore Albran en disant qu’il incitait les jeunes gens à ne pas aller à la réquisition.
Dans cette déposition du 20 novembre 1794, il est rappelé que le 5 juillet Mathurin Assailly, Julien Odronneau, Julien Mocquard, des « municipaux » ont déjà envoyé au district, au comité révolutionnaire et à la commission militaire l’ensemble de ces déclarations. Elles sont toutefois, comme on l’a vu ci-dessus, complétées et remises au goût du jour, mieux rédigées. Et on va découvrir l’un des objectifs de cette nouvelle version.
2 ) premier interrogatoire le 23 janvier 1795
Face à ces dénonciations, le comité de surveillance du district de Nantes, présidé par Louis Anselme Garreau, se décide à agir 2 mois mois plus tard.
Pour les exécutions sommaires du Fretty, il dit qu’il a tué différentes personnes qui s’enfuyaient après des tirs sur son groupe et qu’il a ensuite amené au tribunal révolutionnaire les nommés Fetiveau (fusillé dans les carrières de Gigant en février 1794) et Léchappé sur mandat d’arrêt du juge de paix de Bouaye, mandat qu’il n’a pas gardé.
Il précise qu’il a pris l’argenterie de l’église trouvée chez Nicolas Bretagne qu’il a également emmené au tribunal révolutionnaire (fusillé dans les carrières de Gigant en janvier 1794) et Léchappé (Mathurin, mort en prison le 26 04 1794).
Concernant les rafles organisées à Bouguenais, il se défend en disant qu’il a arrêté des hommes rassemblés, en armes, et que c’est la commission Bignon qui les a jugés, en deux fois, le croit-il. Les femmes environ 80, ont été emmenées au Sanitat à Nantes (une liste de 75 femmes de Bouguenais, sans autre précision, se trouve effectivement aux AD 44 L 1508).
Il dit avoir eu connaissance toutefois que 17 hommes de Saint Aignan ont été arrêtés par ordre de leur municipalité puis fusillés, qu’il les a vu en prison en revenant de Sainte Lumine mais qu’il n’en sait pas plus.
Concernant 5 habitants de Bouguenais fusillés sur place, dont Laurent Hegron (tué à sa porte le 12 avril 1794 ) il répond également qu’il n’a pas connaissance de ces faits.
Il est à peine plus précis pour la rafle du 31 mars : « la troupe se porta sur deux colonnes vers Bouguenais, et qu’il fut saisi plusieurs centaines d’hommes et de femmes, qui furent liés, et conduits au château d’Aux […] qu’il en fut fusillés une grande quantité, que les hommes et les femmes furent jugés par la commission militaire, les hommes condamné à être fusillés et les femmes à tenir prison au Sanitat au nombre de plus de 80 ».
Lorsque, probablement Garreau, lui demande si le fait d’assassiner des hommes rentrés dans leurs foyers, sans arme, suite à l’amnistie promise (celle du 2 décembre 1794 ) n’est pas une provocation à un soulèvement général, il répond que son devoir se bornait à guider les troupes et qu’il n’a pas fait autre chose.
Sa ligne de défense est donc de se présenter comme un simple exécutant qui ignore la plupart des faits évoqués.
Dans les notes annexées à l’instruction, mais non datées, figurent une longue liste de témoins qui « peuvent donner des renseignements concernant l’affaire de Beilvert » et il est précisé qu’il est détenu au Bouffay. On y trouve des notables de Bouguenais (Ordronneau, Assailly, Clouet…) une bonne vingtaine d’habitants de Saint Aignan, dont plusieurs du Pressoir et un seul de Bouaye.
3) les dépositions et auditons des témoins du 22 au 27 février 1795
Le district de Nantes a donc envoyé, par erreur, mais on ignore quand (début février 1795 ?) les dépositions d’octobre 1794 au tribunal criminel.
C’est donc le 22 février 1795 que David Vaugeois, accusateur près le tribunal criminel du 2 eme arrondissement de l’armée de l’Ouest, commence à instruire le second procès des guides du château d’Aux, soit Beilvert et Guilbaudeau.
Pierre Lemerle, tonnelier de Bouguenais, fait une déposition écrite datée du 9 février 1795 (affaire qui remonte à fin mars 1794, déjà évoquée lors du premier procès mais non retenue). Beilvert a tué son frère sur place, les a emmené en prison son père et lui. Il en a profité pour voler des objets de valeur puis est revenu à 3 reprises pour emporter le reste de leurs affaires. Il ajoute « il fut cause que plusieurs de ma commune passèrent aux brigands » (pour rappel son père est mort en prison le mois suivant son arrestation).
Des témoins de Bouaye, de Saint Léger, s’étant manifestés, peut-être poussés ou soutenus par leur municipalité, David Vaugeois procède à leur audition les 22 et 23 février.
Onze de ces témoignages rapportent une expédition menée entre le 23 et 25 mars à Bouaye par Beilvert et Guilbaudeau, aidés à l’occasion de volontaires dont 8 sont désignés nommément, tous de Bouaye apparemment.
- Rose Bouillé dépose que le 25 mars 1794 deux volontaires ont pris son mari et leur voisin Pierre Fouché. Ils les ont enfermés dans la soue à cochons pour les remettre le lendemain à Beilvert. Ils furent alors emmenés avec plusieurs autres au château d’Aux où son mari fut fusillé à peine arrivé. (son acte de décès est daté du 25). Elle précise qu’il devait partir le lendemain pour servir la République (il a 36 ans).
- Marie Richardeau de Bouaye également déclare que le 22 mars 1794, trois volontaires dont Beilvert pillèrent tout chez elle et que 2 jours plus tard son mari, réfugié chez son frère à l’Epine, fut massacré par Pierre Boutet (ou Boutais) -un volontaire que l’on retrouvera à plusieurs occasions- et Guilbaudeau commandés par Beilvert (acte de décès daté du 28).
- Marie Allaire de Bouaye, belle-sœur de la précédente, confirme que Guilbaudeau donna un coup de pistolet dans le cœur de son beau-frère, Boutet lui tira dans la tête avec son fusil. Beilvert s’interposa pour son mari afin de l’emmener plus loin à l’Etier et il le fusilla le lendemain avec onze autres (acte de décès du 25 mars). Il revint le lendemain la menaçant de « lui couper le col » si elle ne retrouvait une pièce de son pistolet qu’il avait perdu, heureusement récupérée par une voisine. Quelques jours après, un certain Pierre Hervé vint lui enlever une vache sur ordre de Beilvert. Ce dernier avec Guilbaudeau lui volèrent ensuite toutes ses vendanges.
- Perrine Allaire, célibataire, de la Roderie, témoigne que dans les premiers jours de mars 1794 Beilvert avec un détachement prirent tout ce qu’ils trouvèrent chez sa sœur Anne et que le 25 mars Beilvert revint « prit sa sœur ci-dessus désignée, la garrotta comme une criminelle, renversa son bébé d’un mois et l’emmena au château d’Aux où elle fut fusillée » (son acte de décès est datée du 28)
- Marie Jamet, de la Roderie raconte qu’un détachement de volontaires ayant rencontré son mari il l’attachèrent et le conduisirent avec d’autres au château d’Aux où ils furent fusillés (ace de décès de son mari daté du 26). Guilbaudeau, 15 jours après, revint lui voler un veau, puis ce furent deux volontaires, Hervé et Sorin qui lui prirent sa vache, sa dernière ressource
- Michelle Chocteau, célibataire de la Roderie, déclare que lorsque l’armée de Mayence (probablement un détachement du 8 eme bataillon du Bas-Rhin) passa, Beilvert prit tout ce qu’ils purent emporter de chez sa mère, qu’il revint le 23 pour emmener sa mère au château d’Aux où elle fut tuée (décès daté du 24).
- Perrine Senard, de Crenne, indique que le 24 mars au soir, Beilvert avec un certain Berthebaud et Boutet vinrent chercher son mari, alors couché et que malgré ses protestations, ils l’emmenèrent au château d’Aux où il fut fusillé le lendemain (décès daté du 25).
- Perrine Bonneau du Pré Garreau, désigne Beilvert, Guilbaudeau, Pierre Boutet et Pierre Blineau qui se présentèrent chez eux le 23 chercher son beau frère disant qu’il était « à l’armée de Jésus ». Beilvert revint le 25 avec Berthebaut, maréchal à Bouaye, et Pierre Guillou, également maréchal, ils prirent son mari qui montait la garde pour la municipalité à Crenne et allèrent le fusiller au château d’Aux (décès du 25). Beilvert revint à 2 reprises pour prendre des affaires que le citoyen Arnoud avait entreposées chez eux (voir Arnoud du premier procès).
- Anne Leray, de la Jouetterie, déclare que le 25 mars Beilvert, Pierre Sorin, Pierre Guillou et Guillaume Berthebaud emmenèrent son mari avec 9 autres au château d’Aux où ils furent fusillés (décès daté du 25)
- Michelle Buaud de la Tindière, raconte que vers la mi avril, Berthebaud et Pierre Sorin arrêtèrent son mari pour l’emmener au bourg et qu’ensuite Guilbaudeau et Beilvert le conduisirent à la prison des Saintes Claires à Nantes où il est mort (décès daté du 29 avril)
- Marie Cheneau de la Roderie, fait remonter au 4 octobre la venue de Beilvert et Guilbaudeau pour prendre son mari et le mettre en prison à Nantes où il est mort (décès daté 1 er juin 1794)
- Jeanne André, célibataire de la Tindière, indique que le 9 janvier Beilvert, Guilbaudeau et Pierre Sorin prirent son père qui était à couper du jonc et qu’ils l’emmenèrent au château d’Aux où il fut fusillé (décès daté du 10)
- Julienne Chocteau, également de la Tindière, célibataire, déclare que le 23 mars Beilvert avec des volontaires vinrent prendre ses parents et qu’ils furent fusillés au château d’Aux, son père le 24 et sa mère le 28 ( à l’état-civil la date de décès de son père est fixée au 20 03 1795, un an après, et le décès de sa mère n’est pas daté). Quelques temps après Pierre Hervé et Vincent Sorin revinrent lui enlever un cheval et une vache, que François Fruneau, Pierre Boutet (cités en marge) et Beilvert lui volèrent son grain pour 10 boisseaux, (le boisseau mesure très variable selon les régions, était de l’ordre d’une vingtaine de litres) et son avoine pour 50 boisseaux.
Le deuxième jour d’audition, 23 février, ce sont 8 témoins dont 4 veuves de Bouaye, 2 hommes et 2 femmes de Saint Léger, qui comparaissent devant Elzear Aude, le substitut de David Vaugeois, probablement empêché.
Les veuves relatent les meurtres de leur mari, deux témoins celui de leur père et un troisième, membre de la municipalité de Saint Léger, l’exécution sommaire de plusieurs habitants, sans précision du nombre, de Saint Léger réfugiés à Saint Mars (du Coutais) suite à l’incendie de leurs maisons par l’armée.
Les témoins poursuivent leurs plaintes :
- Jean Jehan, forgeron de Saint Léger, indique que début janvier 1794, au village de Chauché, Beilvert, Guilbaudeau et deux autres emmenèrent son père à Port Saint Père et que sur l’accusation de Beilvert d’être brigand son père fut fusillé malgré son certificat de civisme (acte de décès du 10 janvier). Il signe sa déposition avec Elzéar Aude
- Marie Leroux de Saint Léger déclare que début janvier également Beilvert et les autres (dont les noms sont notés en marge) emmenèrent sa famille. Beilvert fit fusiller son père et son mari malgré les attestations données par leur municipalité et le commandant de Port Saint Père (actes de décès datés du 9 janvier). Sa mère et ses 2 sœurs furent renvoyées le soir.
- Julienne Leroux de Saint Léger déclare que début février Beilvert et les autres l’emmenèrent avec ses parents à Port Saint Père et qu’elle a entendu dire que son père a été fusillé sur ordre de Beilvert (pas d’acte de décès trouvé). Elle est parvenue, avec sa mère, à échapper « à la fureur de cet homme » grâce à des volontaires
- Julien Mainguy, laboureur et membre de la municipalité témoigne que dans le courant avril 1794 l’armée (de Mayenne, de Mayence ? Mais plus probablement cette dernière, le bataillon du Bas-Rhin au château d’Aux était rattaché à l’armée de Mayence) mit le feu à tout le bourg et que les habitants demandèrent l’autorisation de se réfugier à Saint Mars (de Coutais), ce qui leur fut accordé. Il a entendu dire que Beilvert se rendit sur place à Saint Mars et « qu’il en emmena les habitants au Port Saint Père et que là il les fit fusiller, qu’en sa qualité d’officier municipal et par les relations qu’il avait avec certains habitants, il atteste que plusieurs d’entre eux étaient des citoyens paisibles qui jamais n’avaient pris part à la Révolte ».
Viennent ensuite les 4 veuves de Bouaye :
- Marie Chocteau, Marie Breton et Jeanne Beilvert témoignent que leurs maris furent emmenés au château d’Aux pour y être fusillés (actes datés des 23 et 25 mars 1794). La première précise que les volontaires revinrent voler 2 barriques de vin.
Une troisième audition se déroule le 27 février pour la seule Elisabeth Bachelier de Saint Léger, avec David Vaugeois.
Lors des vendanges 1793 Beilvert et une centaine d’hommes dit-elle, pillèrent tout ce qu’ils purent trouver chez elle, et lui volèrent 150 livres. Beilvert la maltraita ainsi que sa mère. Elle essaya de l’amadouer, en vain « ses caresses parurent encore animer davantage ce monstre à la férocité ; et qu’il la frappa elle-même ». Ils emmenèrent 9 habitants à Bouaye où le commandant plus humain les libéra. Elle signe avec l’accusateur.
4) suite de la procédure, défense de Beilvert
Le 24 mars Beilvert adresse au tribunal criminel militaire un courrier pour se plaindre du vol, dans différents entrepôts qu’il possède, de 61 barriques de vin. Sa détention depuis le 23 janvier, et dont il ignore les motifs, lui cause du tort, explique-t-il, à lui et à la République parce qu’il ne peut pas mettre ses terres en valeur, ni les ensemencer.
Le 6 mai une perquisition a lieu chez les deux guides, Beilvert et Guilbaudeau, qui louent des chambres à Nantes, rue de l’Hermitage, en bordure de Loire.
La procédure traîne en longueur et Beilvert, emprisonné, s’impatiente de nouveau.
Opportunément, des officiers municipaux et quelques habitants de Bouaye, adressent le 27 du même mois une lettre au représentant.
Joseph Jary est un conventionnel girondin, emprisonné pendant la terreur, qui a échappé de peu à la guillotine. A cette époque il est représentant du peuple près de l’armée de l’Ouest.
En Vendée la situation s’est un apaisée. Hoche, incarcéré lui aussi sous la Terreur, remet de la discipline dans l’armée républicaine et prône une politique d’apaisement.
Qu’est devenu le dossier d’instruction au tribunal criminel militaire ?
Le 3 juillet David Vaugeois lui a envoyé une requête des officiers municipaux de Bouaye en la faveur de Beilvert. Il lui demande de joindre cette pièce aux autres qu’il lui a envoyées le 14 mars.
5) second interrogatoire de Beilvert le 23 juillet 1795, témoignages de volontaires
Le 23 juillet Coulon procède à l’interrogatoire de Beilvert.
Beilvert répond qu’il n’était pas nécessaire de mettre la terreur à l’ordre du jour, qu’elle y était déjà. Il désignait les brigands, mais n’avait aucun ordre à donner à la troupe, c’étaient les commandants ou les commissions qui décidaient de les fusiller.
Concernant la mort des frères Jean et Clair Bouillé il prétend qu‘ils furent conduits au château d’Aux mais que Clair, voulant s’évader a été tué par des militaires (décès déclaré le 25 mars 1794 pour Jean au château d’Aux, et le 28 pour Clair mais sur place). Il précise que c’étaient de « fameux brigands ».
A propos du pillage chez Marie Richardeau, la veuve de Clair Bouillé, il répond qu’il ne peut répondre des écarts de la troupe mais qu’aucun brigand n’a été fusillé par ses ordres. Il précise toutefois que s’il se repent d’une chose, c’est de ne pas les avoir fait saisir tous, et qu’il en a toujours été la terreur mais « que si de pareils témoins peuvent être entendus […] sur son compte, on n’a qu’à appeler Charette et toute son armée. Il n’y en a pas un qui ne dira que l’interrogé est un scélérat. »
Il nie les vols chez Anne Allaire (tuée au château d’Aux le 28 mars 1794), le couple Chocteau (tué également au château les 24 et 28 mars), Elisabeth Bachelier à Saint Léger.
Quand Coulon lui demande s’il n’a pas commis des meurtres, des vols à Bouguenais il répond qu’il a déjà été jugé et acquitté sur ses prétendus délits.
Concernant les meurtres du Pressoir, il rétorque que le chef du détachement a été en prison environ 3 mois à Nantes (et libéré ?) mais que lui n’a pas été inquiété, preuve de son innocence.
Enfin, selon lui, François Bretagne et Martin Ollive, tués au Fretty, ont été pris les armes à la main et exécutés sur ordre du capitaine du 8eme bataillon du Bas-Rhin (espérons que ce n’était pas Léopold Hugo…).
- le 1 er août 1795, Coulon recueille d’abord les témoignages de volontaires que nous avons déjà vu également à l’œuvre dans différentes expéditions.
Pierre Boutet/Boutais (voir le meurtre de Clair Bouyer) 40 ans, déclare qu’il a fait partie vers octobre 1794, d’un détachement du 11 eme bataillon d’Orléans. Attaqués par les brigands ils firent une incursion pour les poursuivre au lac de Grand Lieu. Ils apprirent en revenant vers Pont Saint Martin en rejoignant le gros de la troupe, que 3 femmes avaient été tuées à Saint Aignan. Beilvert étant resté avec lui il ne peut donc pas y avoir participé.
Mathurin Bruc, 17 ans, de Saint Aignan, guide de l’armée de l’Ouest cantonné au château d’Aux, confirme les propos de Boutais. Il faisait partie également du détachement qui alla vers le lac de Grand Lieu, vers la fin des vendanges et « qu’il peut affirmer que lui, ni Beilvert qui ne l’a pas quitté, n’ont pris ni l’un, ni l’autre, une part au forfait».
Pierre Gerard, 32 ans, et François Soret de Saint Aignan affirment ne pas avoir connaissance « des faits particuliers qui peuvent être imputés à Beilvert mais doivent à la justice et à la vérité de rendre hommage au patriotisme et au courage de Beilvert qui a toujours été l’ami des patriotes et la terreur des rebelles, qu’ils ne l’ont jamais vu commettre d’action indigne d’un républicain ».
Martin Lejay, de Saint Aignan, réfugié à Nantes, décrit à peu près la même scène. Il précise toutefois qu’il a entendu du bruit en passant avec la patrouille devant la maison du Pressoir accompagné de Beilvert. Mais ce n’est que lorsque le gros de la troupe les rejoignirent « qu’ils apprirent que 3 femmes avaient été tuées et qu’il atteste que Beilvert n’est ni auteur ni complice de ce forfait puisqu’il était au lac de Grand Lieu pendant qu’il a été commis »
6) Interrogatoire de Guilbaudeau le 15 août 1795 , poursuite de l’instruction
Le 15 août Coulon procède à l’interrogatoire de François Guilbaudeau « prévenu de complicité avec le nommé Beilvert ».
Guilbaudeau indique qu’il n’a pas de profession mais qu’il était guide de l’armée pendant environ un an. Il est resté au château d’Aux en cette qualité, jusqu’en thermidor de l’an 2, où il a été jugé et acquitté par le tribunal militaire de Nantes.
Pour le meurtre de Clair Bouillé et le vol de ses vendanges avec Beilvert, il nie de nouveau.
Concernant l’assassinat des 3 femmes du Pressoir, il répond qu’il en a entendu parler, mais qu’il n’était plus guide à l’époque.
Lorsque Coulon lui donne lecture des différents dépositions des habitants de Bouguenais il répond « qu’il niait tous ces faits qui sont de la plus grande fausseté, qu’il a déjà été acquitté là-dessus et que depuis son jugement il n’a plus été guide et est resté constamment chez lui. ».
L’officier de police Nicolas Coulon poursuit ses investigations.
Dans le dossier d’instruction on trouve 2 courriers l’un du 17 l’autre du 27 août 1795 favorables à Beilvert et Guilbaudeau.
- Le 17, ce sont des « habitants patriotes » de Bouaye, Brains, Port Saint Père, Saint Jean de Boiseau, Saint Aignan, Pont Saint Martin, Basse Indre, qui sont « suffoqués » par la détention du brave Beilvert, alors qu’ont disparu « les exécrables calomniateurs qui avaient des vengeances à exercer contre lui », Beilvert « l’un des plus zélés et des plus braves patriotes » qui sera toujours la terreur des royalistes. «...faites qu’il soit mis en liberté, c’est le vœu de tous ceux qui signent ici et d’un nombre infiniment plus considérable de citoyens illettrés. …] Ou qu’il soit mis en jugement »
- le 27 c’est Kirouard, le premier dénonciateur des trois meurtres du Pressoir, devenu soudain beaucoup plus prudent, qui atteste, brièvement, que Beilvert et Guilbaudeau ont toujours empêché que sa maison et celle de ses voisins soient pillées.
- le 25 du même mois, Henri (Classin, Chassin?) de Nantes a indiqué qu’il a entendu parler de ces assassinats mais qu’il ne peut donner aucun renseignement.
- puis, le 27 Nicolas Coulon interroge 3 témoins indirects du drame.
Jean Seyé, demeurant à Nantes place du Bouffay déclare « qu’il n’a aucune connaissance des délits dont peut être prévenu Beilvert qu’il a connu parce qu’il a été 2 ou 3 fois en détachement avec lui [...] qu’il n’a jamais été témoin d’aucun délit de sa part mais qu’il en a entendu parler plusieurs fois assez défavorablement et qu’il était la terreur des habitants des campagnes et surtout des brigands.. » mais précise-t-il : « la plupart de ceux qui lui en ont parlé défavorablement étaient des brigands ou le sont devenus par le suite. »
François Chaigna (le greffier de Saint Aignan qui a déjà témoigné le 19 octobre de l’exécution sommaire de François Bretagne et Martin Ollive) indique qu’il connaît Beilvert mais qu’il ne sait rien des délits reprochés. Il a eu connaissance, par la citoyenne Chevalier, des meurtres du Pressoir et du retour le lendemain de 4 cavaliers pour le pillage. La citoyenne Chevalier, (décidément bavarde) aurait dit au citoyen David que Beilvert en faisait partie.
L’instruction est close dès le 29 août.
Le jury d’accusation, composé de Nicolas Coulon, l’officier de police militaire et de 2 citoyens désignés par le bureau municipal de la commune de Nantes, considérant :
- que Beilvert et Guilbaudeau ont déjà été acquittés,
- qu’une grande partie des fait reprochés paraissent être dictés par la haine, « l’esprit de parti et de vengeance »,
- que la guerre civile entraîne après elle des excès et des maux dont l’erreur plutôt que le crime est la seule cause,
- vu tous les certificats des patriotes et des commandants militaires,
déclare :
- qu’il n’y a pas lieu à accusation contre Guilbaudeau et qu’il doit être remis à l’instant en liberté,
- qu’il y a lieu à accusation contre Beilvert pour l’assassinat des 3 femmes du Pressoir de Saint Aignan.
Seul donc, Beilvert est renvoyé devant le tribunal militaire du 2 eme arrondissement de l’armée de l’Ouest, mais uniquement pour les 3 meurtres du Pressoir, qu’il n’a d’ailleurs sans doute pas commis.
Guilbaudeau est libre.
7) Jugement du tribunal criminel militaire et acquittement du 20 octobre 1795
Le 18 octobre soir un mois et demi après la clôture de l’instruction, Joseph Beilvert comparaît devant le tribunal criminel militaire pour éventuellement récuser, selon la loi, 9 des 18 juges formant le Conseil militaire.
On ignore la suite mais son choix est a priori effectué puisque 2 jours plus tard, un des jurés étant malade, il en désigne un autre, un certain Bonhommeau, capitaine.
Il manque malheureusement dans les archives départementales le texte du jugement définitif mais son dossier comporte en titre la mention : 2 eme acquittement 28 vendémiaire an 4, soit le 20 octobre 1795.
Six jours plus tard la Convention proclamera une amnistie « pour tous les faits relatifs à la Révolution », exceptés ceux de l’insurrection royaliste du 5 octobre précédent.
8) annexe au procès de 1795
Une longue liste de : «Déclarations des particuliers de la commune de Bouguenais qui ont eu de leur famille fusillé soit dans leurs maisons ou à leur travail ou au château d’Aux, savoir le 5 brumaire » est annexée à ce second procès.
Datée du 26 octobre 1794 (5 brumaire) elle est signée par le maire Guihokerlégand et plusieurs de ses adjoints le 12 décembre afin d’être remise, probablement au district de Nantes puis à l’instruction. Mais elle ne semble pas avoir été prise en considération.
Il s’agit essentiellement du témoignage de femmes, qui décrivent brièvement l’arrestation puis la mort de leur mari, ou de leurs fils, père, ou frère.
Extraits :
« La veuve Landrin, des Roulliers, son homme a été pris a mener du fumier et deux enfants à travailler à la terre et c’étaient les volontaires avec Beilvert qui les emmenèrent et furent tous trois fusillés. ». Jean Landrin et ses deux fils, Jean 23 ans et Pierre 18 ans, furent fusillés au château d’Aux le 3 avril 1794.
…
« La citoyenne Marie veuve Guillou nous a déclaré que Pierre Guillou son mari fut pris à la fin de mars par une troupe de volontaires dans son champ à semer de l’orge, lequel fut conduit au village des Couëts et là, on les attacha deux à deux et conduit au Château d’Aux dans le même jour. » Pierre Guillou a été fusillé au château d’Aux le 2 avril 1794.
...
« La citoyenne Thérèse veuve d’Antoine Mocquard nous a déclaré que le dernier jour de mars son mari fut pris par la troupe du château d’Aux, le citoyen Lepou à la tête de ladite troupe, ledit Mocquard étant dans la vallée de Bouguenais qui cherché à se sauver et conduit le même jour audit château. Et la veuve d’Antoine Mocquard ayant été réclamer son mari au château, elle fut mise en prison jusqu’au lendemain. » Laboureur, batelier, Antoine Mocquard a été fusillé au château d‘Aux le 2 avril 1794.
…
« Françoise Rousseau nous a déclaré que dans le mois de mars que Mathurin Rousseau son père, Jean Rousseau son fils (illisible) fut pris en taillant la vigne et conduit au château d’Aux par une troupe de volontaires conduit par Beilvert, et leur dire qu’il allait au bourg pour avoir des certificats. »
On pourrait multiplier les exemples.
Mais c’est à partir de cette longue liste que le travail sur les fusillés du château d’Aux a pu commencer.
Joseph Beilvert, la « terreur des brigands »
La suite de sa vie est tout aussi agitée et va défrayer la chronique locale.
Nommé capitaine d’une compagnie franche, il écume encore quelque temps la région, et en profite pour acheter plusieurs biens nationaux, après avoir essayer d’en faire baisser le prix.
Ayant détourné la solde de ses soldats, il est jugé, mais acquitté par le conseil de guerre de La Rochelle en mars 1797.
Devenu capitaine de la garde nationale de Bouaye, il est de nouveau enfermé quelques mois plus tard au Bouffay cette fois pour tentative de meurtre et encore relâché, probablement par manque de preuves.
Sans en connaître la raison on retrouve sa trace au registre d’écrou du Bouffay en 1799/1780.
Il se présente pourtant à des élections locales en avril 1801, sans succès, au grand soulagement sans doute de nombre de ses concitoyens.
On part ensuite sa trace une dizaine d’années.
Mais en juillet 1811 il est incarcéré de nouveau pour avoir assommé son fils aîné pourtant âgé de 28 ans. Devenu veuf en novembre de la même année, il fait cinq jours de prison pour sévices sur son fils cadet (Brutus Beilvert âgé de 15 ans).
En février 1814 il est assigné à résidence à Guérande, placé sous la surveillance du maire, qui rapidement, n’en peut plus « son séjour est un scandale pour la population » écrit-il au Préfet.
Revenu à Nantes, il « alarme la surveillance » du maire qui demande son expulsion.
En 1815, les cent jours de l’Empereur agite la Vendée. Il reçoit alors le commandement d’une compagnie d’auxiliaires malgré les protestations des élus locaux.
Quelques mois plus tard, il proclame qu’il va aller à Paris tuer le roi. On l’interne 15 mois durant, sans ouvrir d’instruction. Il proteste, écrit. On le libère en lui interdisant l’accès à Nantes.
Assigné à résidence à Bouaye, il redevient boulanger, son premier métier, mais s’agite encore, et semble être à présent royaliste : « Depuis l’heureuse entrée du roi Louis XVIII en France, je ne cesse d’être en but à toutes les vexations de l’autorité ; j’en ignore le motif. » écrit-il dans l’un de ses courriers de protestation.
Provocation, bêtise ? Beilvert est -encore- arrêté en avril 1818 pour port illégal d’uniforme militaire… et acquitté.
Le 23 mai suivant, toutefois, il est condamné à 3 ans de prison 50 francs d’amende et 5 ans de surveillance par la Cour de Rennes pour ... propos séditieux ».
Il se pourvoit en cassation, pourvoi rejeté en octobre de la même année. A la demande de grâce présentée par son avocat, le préfet de Loire-Inférieure résume peut-être ce que fut sa vie :
« Le dit Beilvert est un homme habitué au crime, et surtout aux forfaits révolutionnaires, […] qu’il a été traduit plusieurs fois devant les tribunaux, et toujours acquitté par partialité, intrigue ou influence du parti révolutionnaire auquel il tenait […] . Ce Beilvert est couvert de crimes plus atroces les uns que les autres, vol, pillage, meurtre, assassinats ; […] Cet homme […] a laissé à Nantes une renommée redoutable ».
Exilé peut-être par dépit, il décédera le 6 janvier 1823 à Saint-Quentin, dans l’Aisne, cité comme terrassier, à l’âge de 65 ans.
Voir Arthur Velasque : « Beilvert de Bouaye 1788-1818 » aux Annales de la société académique de Nantes et de Loire Inférieure, en 1912 (BNF),
les nombreux ouvrages d'Alfred Lallié
Et le site Internet de Vincent Guilbaudeau qui donne des précisions, en particulier sur les nombreux achats de biens nationaux qu’il a effectué : https://vincent-guilbaudeau.fr/wordpress/accueil/bouaye/joseph-beilvert/
Les procès des guides du château d’Aux sont déposés aux AD 44 sous la cote L 1559 – Tribunal criminel militaire.
Voir également :
- « L’insurrection de mars 1793 en Loire Inférieure » de l’association Nantes-Histoire – 1993
- " La paroisse de Bouguenais pendant la révolution" de l’abbé JB Branchereau,
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